Je voudrais rebondir, quelques mois après, sur l’éditorial de Jean Chevallier, président du groupe Midi - Pyrénées de l’AFAV [1] (J’ai fais un rêve, N° 57, octobre 93 ; voir référence in fine), tant il est vrai que nous nous trouvons confrontés, quel que soit notre secteur d’activité, à une "retenue" en ce qui concerne la diffusion, dans son application, de l’AV [2]. Force est de constater que la méthodologie "AV" reste à l’étiage et, les "mordus" que nous sommes ne peuvent que dire et répéter que ce n’est pas l’étiage de raison.
Faut- il en conclure, comme d’autres pour d’autres objectifs, que les français sont rétifs à tous changements ? Que notre message ne peut pas passer car, dans ce pays, les responsables d’entreprises, de projets, techniciens et travailleurs manquent de courage, d’enthousiasme ou encore de lucidité ?
Sincèrement je ne le pense pas, convaincu que toutes et tous sont conscients de la nécessité d’une éducation permanente couplée à une formation continue. A en croire Jean Marc Huguet, psychosociologue au CNRS, se former c’est accepter de se transformer. Chacun a de bonnes raisons, certes, de penser qu’il peut changer, mais dans une certaine économie de "remise en cause". Ce phénomène, résister aux changements, est une occupation à plein temps pour une majorité de gens.
La résistance aux changements tient à des phénomènes de solidarité et de pressions collectives. Toute remise en cause est ressentie comme pouvant réduire la marge d’indépendance que chaque individu ou corps social ou professionnel a su imposer ou préserver en regard des autres. Si, comme on peut le supposer, la mise en place de la méthodologie analyse de la valeur est ressentie comme un changement, il faut se poser la question de savoir si la fonction principale de notre problème ne serait pas la fonction d’HABITER, façon de comprendre, peut - être, comment chacun utilise son espace dans sa "maison". A la suite d’un long questionnement sur "comment faire passer l’AV", je me demande si là, ne réside pas le chaînon manquant capable de vaincre les résistances aux changements. La question est de soir comment amener ces femmes et ces hommes à sortir de leur maison pour qu’ils explosent à l’extérieur. Certains pourront penser que la poésie, le rêve, l’image n’ont pas de place dans l’entreprise ou l’administration. Cette piste, comme d’autres, mérite cependant d’être explorée. C’est pourquoi il me paraît intéressant de pouvoir faire équipe avec des phénoménologues qui peuvent nous aider à comprendre les comportements, la psychologie des sensations, nous aider à construire des outils, déverrouiller les attitudes en apportant la confiance.
Note : Article suscité par la lecture de l’article : [" La Politique un métier "->article 31]
Voilà pour la partie visible de l’iceberg. Il est possible dans la clarté et la confiance, en responsabilisant l’individu de le faire changer, évoluer. C’est vrai que ce n’est pas facile. Par exemple, faire en sorte que les personnels travaillent en équipes, appliquer une réelle synergie entre services ou ateliers ou encore entreprises et même administrations nous ne voyons pas cela tous les jours (l’exemple le plus frappant est bien la guerre des polices). Dans les périodes difficiles les gens deviennent frileux et gardent pour eux leur petit savoir de peur de se faire "piquer" le poste. C’est, à mes yeux, une grave erreur. Cependant, la faute en incombe avant tout aux décideurs qui sont tout aussi frileux et qui, la grande majorité d’entre - eux, n’ont qu’une vision à courte vue.
Si, dans ton propos, tu voulais parler de la partie cachée de l’être humain, de son cerveau reptilien, de ses pulsions limbiques, de ce qui est caché au plus profond de nous même alors là, tu as tout à fait raison.
Deux grands types d’individus habitent notre planète. Environ 90% des populations sont dites suivistes, prêtes à gober tous les bobards pour peu que l’on y mette des formes. Je pense là à l’endoctrinement politique, notamment celui de la propagande nazi. La couleur, rouge, les grands défilés, la nuit aux lueurs des torches, les grands rassemblements où l’on se sent "protégé", tout cela contribue à une dilution du raisonnement chez les suivistes. On les trouve aussi dans les sectes ... Et se sont sûrement les mêmes qui se précipitent sur les kilogrammes de sucre et de nouilles et de beurre et d’huile dès qu’il est annoncé un blocage des raffineries.
Les autres 10% sont les résistants. Eux, ne se laissent pas impressionner par une quelconque mise en scène. Ils ne hurlent pas avec les loups et leur endoctrinement est quasi impossible. En tous cas, un endoctrinement aveugle. Ce ne sont pas des godillots.
Dans l’un comme dans l’autre type sauf miracle ou quelques millions d’années il n’y aura pas de changement c’est vrai. Nous avons, cachés en nous, les premiers réflexes dus aux premières peurs et qui se perdent dans la nuit des temps. Difficile d’échapper à cet héritage. ---- Editorial de référence :
"J’ai fait un rêve"
Ainsi commençait l’un des discours de Martin Luther King dans les années 60 ; Comme lui, je me suis surpris à rêver en faisant le tour de France de l’A.V pour préparer ce bulletin. Les témoignages affluaient ... Les responsables des PMI, en majorité techniciens, acceptaient les remises en cause techniques que l’AV induit. L’ouverture vers les technologies nouvelles à l’aide des compétences externes disponibles, centre techniques, établissements d’enseignement, était naturelle. Le comptable du patron, son confident, son médecin, compte non seulement les sous mais, prévoyant, incite son "client" à développer des nouveaux produits, à innover et à appliquer l’analyse de la valeur. Cela afin d’assurer la pérennité de l’entreprise. Les spécialistes en Marketing, en design, adeptes du CdCF [3], utilisent non seulement la démarche fonctionnelle mais n’hésitent pas à s’appuyer sur les compétences et méthodes des spécialistes AV. Le groupe de travail pluridisciplinaire est devenu naturel. Les spécialistes des entreprises se plaignent d’être trop sollicités. Les créations de nouveaux produits sont nombreuses et systématiquement la démarche AV est appliquée pour faciliter l’échange entre les différents métiers, la prise en compte des nouvelles technologies. Les responsables régionaux AFAV n’ont que l’embarras du choix pour trouver des témoignages d’entreprises pour animer les réunions de promotion et d’information que sollicitent les institutionnels, CCI, Chambres patronales... Mais, comme pour Martin Luther King, ce n’était qu’un rêve. La crise économique voit plutôt le repli sur soi... Pourquoi innover alors qu’aujourd’hui c’est dur ; à chaque jour suffit sa peine. Chaque métier, chaque spécialiste se referme sur lui même : cette affaire n’est pas de ma compétence mais, je vais la prendre, il faut bien manger... Conserver son information est un moyen de garder sa place, voire son pouvoir. Les institutionnels sont moins argentés qu’ils ne le laissent paraître et insidieusement objectent que...
Cette frilosité, cet enfermement risque de transformer le rêve en cauchemar, l’un et l’autre étant aussi proche l’un de l’autre que l’amour et le haine... A moins que tout cela ne soit que les propos d’un pessimiste !
Jean Chevallier - Midi - Pyrénées
---- note :
Il est vrai qu’à l’époque, nous nous heurtions, au sein de l’AFVA, à la faiblesse de la diffusion de la méthode. L’école, par l’intermédiaire du corps des inspecteurs notamment a donné des moyens. J’ai moi même été, pendant 3 ans, formateur MAFPEN (formation du personnel enseignant) au rectorat de Montpellier. Mais, quand j’ai voulu promouvoir la méthode au sein de l’administration, je me suis vite rendu compte du poids de la résistance molle de responsables qui, comme le souligne Chevallier ont d’autres chats à fouetter. Pourtant, aujourd’hui encore, je suis convaincu que cette méthode, relativement simple, peut apporter des améliorations très sensibles dans tous les secteurs de l’activité, dans tous les secteurs de l’entreprise et évidemment aussi au niveau des relations humaines car les personnels comprennent qu’il est plus rentable de travailler en groupe plutôt que de se jalouser et de se faire peur les uns les autres.
Il est vrai aussi, que depuis ce temps, les années 90, la "Qualité" a progressé, moins en France qu’ailleurs, et que les entreprises qualifiées aux normes "ISO" sont plus nombreuses. Il y a encore du chemin à faire. Quand cette réflexion méthodologique est mise en place dans une entreprise c’est que la direction s’est très fortement impliquée. Ca marche à 99 %.
Daniel Brousse
Assemblée République