Emergeant des confusions de la nuit (journal télévisé France2 semaine dernière), un groupe d’élus avec des airs de "Jean de la Lune", l’écharpe tricolore en bandoulière sentant la naphtaline et encore marquée par les plis du neuf, clament leur impuissance et leur désapprobation, en appellent à la l’obéissance civique. C’est bien le moins. Quelle accumulation de répliques consternantes, quelle démonstration de faiblesse et d’incapacité.
La nation craque de partout. Nous sentons sous nos pieds se défaire les structures morales et politiques de la République. La France est devenue un pays sous développé et ressemble, vue de l’étranger, à une République bananière. Nos élites politiques se contentent, généralement en faisant du clientélisme et en flattant les communautarismes, de rafistoler ici ... Et ça fout le camp par là. Des décennies que cela dure.
Parallèlement la casse du service public continue, le code du travail ne cesse d’être détricoté.
Il manque des infirmières et des médecins et chirurgiens, malgré de multiples plans et ponctions dans la poche des contribuables la sécurité sociale est en faillite, l’hôpital fait "Pitié", des profs et des éducateurs font défaut, la police n’a pas les effectifs réellement formés pour les difficiles et différentes missions qui lui incombent ...
Sous l’ancien régime on appelait le genre d’événements qui secouent aujourd’hui le pays, "Fronde", "Jacquerie", "Révolte des croquants ou des gueux". C’était le fait, comme à présent, de "Vilains" qui n’avaient jamais eu rien à perdre, tous colocataires de la misère et qui entraient en révolte en sachant qu’ils allaient au sacrifice. A l’époque il devait bien y avoir quelques écorcheurs dans leurs rangs comme il y a dans les bandes qui peuplent les nuits des cités quelques voyous et criminels. Dans l’ensemble toutefois, ces émeutiers, ces révoltés, criaient leur désespoir (en s’en prenant aux possédants). Puis il y eut 1789.
En 2005 sommes nous aux portes d’une autre révolution ?
Et d’abord pourquoi penser à 1789 ?
Le bulletin de vote n’est plus d’aucune utilité. Les promesses électorales ne sont pratiquement jamais tenues et, lorsque la volonté des citoyens s’exprime lors d’un référendum par exemple cela ne suscite aucune réaction véritable du pouvoir.
Les révolutions sont faites - Quand elles sont faites - Par l’alliance des plus opprimés avec ceux qui sont le plus conscient de leur propre aliénation et de celle des autres. Et le nombre de ceux qui se sentent concernés augmente.
La seule stratégie bien visible renvoyée à la France d’en dessous, à ces êtres en marge de la vie, engraissés de dédain, de mépris et de désamour, qui savent pertinemment dans leurs vies harcelées, que l’avenir est déjà le présent, la seule stratégie dis-je est la maximalisation du profit. Je perçois ici et là, dans la presse parlée, les colonnes des journaux que c’est aux politiques de faire leur "boulot". Mais ces gens là sont des notables qui incarnent la mascarade du monde. Ils sont incapables de comprendre la désespérance de ceux qui aujourd’hui n’ont jamais rien eu à perdre et demain de ceux qui n’auront plus rien à perdre.
Alors ?
Il faut enfin que les Français s’occupent de ce qui les regarde, c’est à dire de "Politique". Ce mot n’est pas un gros mot et il est temps que les femmes et les hommes de ce pays exercent de plein droit leur contrôle citoyen. Aller voter ne suffit pas pour s’offusquer aussitôt l’apparition d’un scandale, s’abstenir est négatif. L’état à besoin d’une implication plus importante des âmes de la nation.
La réponse à ces événements dramatiques ne peut être qu’une réflexion, pour des actes significatifs à long et moyen terme, qu’il faudra engager dès le calme revenu. Nous devons tous nous retrousser les manches.
Alès, le jeudi 10 novembre 2005
Daniel BROUSSE
Daniel BROUSSE
Assemblée République