Au milieu de la commisération générale, de la componction melliflue [1], du psittacisme [2] récurrent des élites responsables qui "Touillent" à toutes les sauces les mots symboles des valeurs démocratiques, qui en appellent aux grands principes sans cesser de flatter les bas sentiments, le seuil de pauvreté ou plutôt le seuil d’indigence ne cesse de s’élever.
Les "Restos du coeur" en sont à leur vingtième campagne et, que constatent les bénévoles qui se dévouent ?
Davantage de jeunes (et de jeûnes), encore plus de femmes avec enfants, des personnes seules en plus grand nombre. Soixante six millions de repas à traiter et une précarité en constante augmentation. Voilà le tableau peu flatteur d’une France en 2005.
"Substituer à l’arbitraire de l’aumône la certitude d’un droit" clamait Jean Jaurès en son temps. Et le progrès social, les trente glorieuses aidant, avait connu de sensibles avancées.
Qu’en est - il aujourd’hui ?
Depuis quelques années déjà, la "Déconstruction [3]" démaille tout ce que nos pères ont tissé. Quoi ! La France de 2005 serait moins riche que la France en 1905 ? Et donc moins en capacité de traiter correctement le volet social.
Et pourtant, nous assistons à la montée d’une nouvelle classe sociale : "Le travailleur pauvre".
Turgot [4] l’avait dit : "L’ouvrier devra vendre à d’autres sa peine".
En échange de quoi, il aura droit à un croûton. Puis, le statut donné au travail a produit l’homologue moderne des protections traditionnellement assurées par la propriété. Le statut du travail, mais aussi le service public, qui lui aussi, n’arrête pas de s’effilocher.
En ce début de XXI ième siècle le MEDEF, avec la complicité de politiques qui viennent jouer les "Camelots du roi" dans de complaisantes émissions télévisées, veut installer l’instabilité au coeur du monde du travail et faire en sorte que le progrès se bâtisse sur les sables de la vulnérabilité sociale.
Dans cette conception ultra libérale au sein d’un état minimal, il faut être placé sous la plus extrême sujétion du besoin pour accepter de telles "Offres" d’emploi. Et les malheureux ainsi recrutés n’aspirent qu’au plus vite à quitter ces lieux de déréliction [5], pour un futur improbable dans un passé révolu.
Et, il y a beaucoup de victimes entre la misère sociale et la misère éducative. Dans de telles conditions où le rêve se fait absent, ceux que l’espoir habite encore, volant le pain des autres, puisent dans la rage de vivre, la force de se comporter en salaud.
Sans esprit critique, il est très difficile de cerner les escrocs en clairvoyance et les nécromants [6] de tous bords, toujours prêts à des pantalonnades équivoques qui présupposent des compromis douteux, en nous faisant se caler des pièges à cornichons sous la dent creuse.
Il faut dire que les thuriféraires [7] du pouvoir savent faire couvrir par les violons les hurlements des suppliciés. C’est à croire que là, est le principal de leur activité tant ils mettent en oeuvre avec beaucoup de coeur, le précepte des publicitaires, à savoir : "Ne prenez pas les gens pour des cons, mais n’oubliez jamais qu’ils le sont".
En corollaire, nous voyons monter les corporatismes et autres communautarismes qui, si l’on y prend garde, vont faire voler en éclat les principes fondamentaux de la République.
Obéir à l’intérêt de tous et ne rechercher que le bien être de chacun, c’est comme cela que je vois l’action de ceux qui veulent les responsabilités pour s’occuper de leurs concitoyens. Mais, la sève discursive sèche dans le tuyau des analyses où ne circulent plus que des sortes du jus, empoisonnés de vanité et de prétention.
Il ne resterait plus dès lors qu’à se cogner la tête contre les murs de la forteresse des conventions, des hypocrisies et de bourrages de crâne qu’élèvent tous ces "Bien pensants" ?
Aujourd’hui, nous sommes dans les basses eaux politiques. En ce qui concerne le domaine du social en tous cas.
Et ce maudit sens du devoir qui nous couine sans cesse aux oreilles.
Et même si je suis d’accord avec cette image d’Epinal "Le sens du devoir", doit- on pour autant ne pas s’insurger contre la déliquescence de nos droits ?
Cela doit changer !
C’est à nous citoyens, de s’occuper de nos affaires et de le faire savoir.
Résistons !
Alès, le dimanche 30 janvier 2005
Assemblée République